Mineurs non autorisés de crypto-monnaies en Iran : le rôle du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique

Mineurs non autorisés de crypto-monnaies en Iran : le rôle du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique

En Iran, derrière les coupures de courant qui plongent les foyers dans le noir pendant des heures, se cache une machine cachée qui tourne 24 heures sur 24 : des fermes de minage de crypto-monnaies contrôlées par le Corps des Gardiens de la Révolution Islamique (une organisation militaire et politique iranienne directement sous l'autorité du Guide suprême Ali Khamenei). Ce n’est pas une activité illégale au sens classique - c’est bien pire. C’est un système organisé, protégé par l’État, qui vole l’électricité du peuple pour financer des opérations internationales et enrichir un petit cercle de dirigeants.

Comment l’IRGC est devenu le plus grand mineur de Bitcoin d’Iran

En 2019, alors que les sanctions internationales étouffaient l’économie iranienne, le gouvernement a légalisé le minage de crypto-monnaies. Mais cette légalisation n’était qu’un leurre. Les licences étaient réservées aux entreprises liées à l’IRGC et à des fondations religieuses comme Astan Quds Razavi (un immense fonds caritatif contrôlé par le Guide suprême). Les mineurs privés, eux, devaient payer des tarifs élevés et vendre leurs Bitcoins à la Banque centrale d’Iran. Pourquoi ? Parce que le système n’était pas conçu pour encourager la transparence - mais pour centraliser le contrôle.

Les fermes de minage de l’IRGC ne ressemblent à aucune autre. Elles sont installées dans des zones économiques spéciales, des bases militaires, ou même des usines désaffectées sous protection armée. L’une des plus grandes, située à Rafsanjan dans la province de Kerman, a une puissance de 175 mégawatts - l’équivalent de la consommation d’une ville de 100 000 habitants. Et elle n’a pas été construite par des entrepreneurs privés. Elle a été financée et gérée par des entités liées à l’IRGC, avec l’aide de partenaires chinois qui fournissent les équipements et la technologie.

Qui paie pour cette énergie ? Les Iraniens ordinaires

En Iran, l’électricité est subventionnée par l’État. Mais pour les mineurs de l’IRGC, elle est gratuite. Pas parce qu’ils ont un contrat spécial - mais parce qu’ils ne paient tout simplement pas. Les lignes électriques qui alimentent leurs fermes sont branchées directement sur les réseaux publics, sans compteur, sans facture. Pendant que les foyers de Téhéran ou de Mashhad vivent avec des coupures de 8 à 12 heures par jour, les ASIC - ces machines massives qui minent le Bitcoin - tournent sans interruption.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : environ 180 000 appareils de minage sont actifs en Iran. Seuls 80 000 sont détenus par des particuliers ou des entreprises privées. Les 100 000 autres ? Ils appartiennent à l’IRGC ou à ses alliés. Cela signifie que plus de la moitié de l’électricité consommée par le minage de crypto-monnaies en Iran est utilisée par une seule entité : un organisme militaire qui n’a aucune obligation envers la population.

En 2022, le Parlement iranien a même voté une loi qui permet à l’armée de construire ses propres centrales électriques et lignes de transmission. Pourquoi ? Pour que l’IRGC puisse s’assurer un approvisionnement stable, sans dépendre des réseaux publics. Cela a transformé le minage de crypto-monnaies en un outil de guerre économique : une arme pour contourner les sanctions, sans que personne ne puisse l’arrêter.

Une famille à la lampe de poche à gauche, un officier IRGC surveillant des mines de Bitcoin à droite, dans un style Bauhaus géométrique.

Comment les crypto-monnaies aident l’IRGC à contourner les sanctions

Les sanctions internationales ont coupé l’Iran des systèmes bancaires mondiaux. Les transferts d’argent via Western Union ou SWIFT sont bloqués. Mais les transactions en Bitcoin ? Elles passent directement d’un portefeuille numérique à un autre, sans intermédiaire. C’est là que le minage devient stratégique : l’IRGC mine du Bitcoin, le convertit en monnaie étrangère, et l’utilise pour acheter des armes, financer des milices au Yémen, en Syrie, ou au Liban.

Des analystes de la Département du Trésor américain (l’agence fédérale américaine chargée de la gestion financière et de l’application des sanctions) et des services de renseignement israéliens ont identifié plusieurs adresses Bitcoin liées à l’IRGC. Ces portefeuilles reçoivent des fonds de minage, puis transfèrent les Bitcoins vers des échanges non régulés en Turquie, en Russie ou en Asie du Sud-Est, où ils sont convertis en dollars ou en yuans. Aucun papier, aucune banque, aucun contrôle. Juste des lignes de code.

Ce n’est pas du blanchiment traditionnel. C’est du vol organisé. Et il fonctionne parce que personne n’a le pouvoir de l’arrêter - pas même les autorités iraniennes civiles. L’ancien ministre de l’Énergie, Ali Abadi - ancien commandant de l’IRGC lui-même - a déclaré en public que le minage non autorisé était « un vol hideux ». Mais quand le ministre qui parle de vol a été un haut responsable de l’IRGC, on se demande qui est vraiment le voleur.

Le piège de la « régulation » iranienne

En décembre 2024, la Banque centrale d’Iran a interdit tous les échanges entre crypto-monnaies et rials sur les sites internet nationaux. Les Iraniens ont cru que le gouvernement allait enfin lutter contre le minage illégal. Mais en janvier 2025, elle a relancé un système contrôlé : un API gouvernemental qui autorise certains échanges, à condition que tous les utilisateurs soient identifiés, suivis et enregistrés.

Ce n’est pas une répression. C’est une capture. L’État ne veut pas éliminer le minage - il veut le contrôler. Les particuliers ne peuvent plus miner légalement. Les entreprises privées sont écrasées par les tarifs. Mais l’IRGC ? Il continue à miner, sans contrat, sans facture, sans limite. Le système n’est pas cassé. Il est conçu pour favoriser les puissants.

Une pièce de Bitcoin en acier liée à une forteresse militaire par des câbles électriques brisés, au-dessus d'Iran en silhouettes sombres.

Les conséquences pour les Iraniens

Les conséquences ne sont pas abstraites. À Tabriz, les usines ferment parce que l’électricité est coupée. À Yazd, les hôpitaux utilisent des générateurs diesel pour maintenir les machines vitales. À Téhéran, les étudiants étudient à la lampe de poche. Pendant ce temps, les fermes de minage de l’IRGC consomment autant d’électricité que la ville entière de Shiraz.

Les Iraniens n’ont pas le choix. Ils ne peuvent pas miner eux-mêmes sans risquer une arrestation. Ils ne peuvent pas vendre leurs Bitcoins sans passer par un système surveillé. Et ils ne peuvent pas fuir la crise énergétique. Le système a été conçu pour les piéger. Pour les affaiblir. Pour les rendre dépendants.

Que se passe-t-il maintenant ?

En février 2026, rien n’a changé. Les fermes de l’IRGC continuent d’expansion. De nouvelles installations ont été découvertes dans les provinces de Fars et de Khorasan. Les équipements sont plus performants, les coûts plus bas. Les sanctions internationales n’ont pas réussi à les arrêter - au contraire, elles les ont rendues plus nécessaires.

Les échanges comme Nobitex (la plus grande plateforme de crypto-monnaies en Iran) restent populaires, mais ils ne sont qu’un reflet de la réalité : les Iraniens utilisent des VPN pour accéder à des plateformes étrangères, parce que le système local est corrompu. Ce n’est pas un acte de rébellion - c’est une survie.

Le minage non autorisé en Iran n’est pas un problème de technologie. C’est un problème de pouvoir. Et tant que l’IRGC contrôlera l’électricité, les lois et les portefeuilles numériques, les Iraniens continueront de payer le prix fort - en lumière, en chaleur, en espoir.

Pourquoi l’IRGC peut-il miner sans payer l’électricité ?

L’IRGC et ses entités affiliées bénéficient d’un accès direct aux réseaux électriques nationaux, souvent via des lignes dédiées ou des centrales privées construites grâce à une loi de 2022 qui autorise l’armée à gérer son propre approvisionnement. Les factures sont ignorées, les compteurs contournés, et les autorités civiles n’ont ni le pouvoir ni la volonté d’intervenir. Ce n’est pas une faille du système : c’est une caractéristique conçue.

Le minage de crypto-monnaies est-il légal en Iran ?

Techniquement, oui - mais seulement pour les entités contrôlées par l’État. Les particuliers doivent obtenir une licence, payer des tarifs élevés et vendre leurs Bitcoins à la Banque centrale. Ces conditions rendent le minage privé économiquement inviable. En pratique, le minage « légal » est un système de contrôle, pas de liberté. Les vrais mineurs profitables sont ceux qui opèrent dans l’illégalité - et qui sont protégés par l’IRGC.

Comment les sanctions internationales ont-elles contribué à ce phénomène ?

Les sanctions ont coupé l’Iran des systèmes bancaires traditionnels. L’IRGC a donc cherché un moyen de transférer de l’argent à l’étranger sans passer par les banques. Le Bitcoin, avec ses transactions directes et anonymes, est devenu la solution idéale. Le minage n’est pas une activité économique - c’est une stratégie de contournement des sanctions, soutenue par l’État.

Pourquoi les autorités iraniennes ne répriment-elles pas ces mines ?

Parce que l’IRGC est l’État. Ce ne sont pas des mineurs illégaux qui opèrent en dehors du système - ce sont les dirigeants du système qui utilisent le système pour leur profit. Réprimer ces mines, c’est s’attaquer à la structure même du pouvoir iranien. Ce n’est pas une question de loi. C’est une question de survie politique.

Les Iraniens peuvent-ils miner légalement ?

Oui, mais à un prix prohibitif. Les licences sont rares, les tarifs d’électricité 5 à 10 fois plus élevés que pour les mineurs de l’IRGC, et les revenus doivent être reversés à la Banque centrale à un taux fixe. La plupart des mineurs privés ont abandonné. Ceux qui persistent le font en cachette, avec des équipements de faible puissance et des connexions VPN pour éviter la surveillance.

1 Comments

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    Adama keita

    février 19, 2026 AT 20:25
    Les Iraniens ont droit à l’électricité, pas à des fermes de minage qui tournent en boucle pendant qu’ils étudient à la lampe de poche. C’est pas du vol, c’est du braquage organisé.

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