En juin 2025, quelque chose d’inédit s’est produit pour les utilisateurs de crypto en Syrie : les sanctions américaines qui les isolaient depuis plus de 20 ans ont été levées. Ce n’était pas une simple ajustement. C’était une révolution. D’un jour à l’autre, des milliers de Syriens qui utilisaient des wallets, des échanges ou des protocoles DeFi ont vu leurs restrictions tomber comme des murs de béton. Avant, ils devaient cacher leurs transactions, utiliser des intermédiaires offshore, ou se tourner vers des plateformes non régulées. Maintenant, ils peuvent accéder légalement à Coinbase, Binance, Kraken, et même aux services bancaires numériques américains - à condition de ne pas être liés au régime d’Assad.
Qu’est-ce qui a changé exactement ?
Le 30 juin 2025, le président Trump a signé l’ordonnance exécutive 14312, qui a abrogé six ordonnances de sanctions datant de 2004. Ces ordonnances avaient interdit à tout Américain ou entreprise basée aux États-Unis de faire des affaires avec la Syrie - y compris les transactions en crypto. Le 26 août 2025, l’OFAC a supprimé complètement les Syrian Sanctions Regulations du Code of Federal Regulations. Cela signifie que les règles qui rendaient illégales les transactions de crypto avec des Syriens n’existaient plus.En même temps, l’OFAC a supprimé 518 noms de sa liste des personnes et entités sanctionnées (SDN List). Ces personnes n’étaient pas des chefs d’État ou des commandants militaires. Elles étaient des commerçants, des développeurs, des étudiants, des médecins - des Syriens ordinaires qui avaient simplement utilisé une adresse Bitcoin ou un wallet Ethereum. Maintenant, ils peuvent ouvrir un compte sur un échange américain sans crainte d’être bloqués ou poursuivis.
Les licences générales : la clé pour les utilisateurs
Avant la levée totale, deux licences générales avaient déjà été publiées en mai 2025. La General License 25 était la plus importante : elle autorisait toutes les transactions liées à la Syrie qui étaient auparavant interdites, y compris l’achat, la vente, le transfert et le stockage de crypto-monnaies. Cela incluait les paiements via des applications DeFi comme Uniswap ou Aave, même si ces plateformes étaient basées aux États-Unis.Les Syriens pouvaient maintenant envoyer des bitcoins à un parent à Istanbul, recevoir des dons en crypto depuis le Canada, ou payer pour un service en ligne avec des stablecoins. Rien de tout cela n’était légal avant. Maintenant, c’est autorisé - tant que vous n’êtes pas sur la liste des personnes sanctionnées.
Le piège : les sanctions ciblées n’ont pas disparu
Mais attention : tout n’est pas libre. L’OFAC a simplement changé de stratégie. Au lieu de sanctionner tout le pays, il cible maintenant des individus précis : les membres du régime d’Assad, les trafiquants de Captagon, les responsables des violations des droits humains, les affiliés d’ISIS et d’Al-Qaïda, ainsi que les intermédiaires de l’Iran en Syrie. Il y a encore plus de 100 noms sur la liste SDN.Cela crée un problème pour les plateformes de crypto. Elles doivent maintenant vérifier si un utilisateur syrien est légitime ou s’il est lié à un réseau criminel. Un échange comme Binance ou Kraken doit scanner les adresses Bitcoin, les identifiants, les historiques de transactions - et faire la différence entre un étudiant de Damas et un lieutenant du ministère de la Défense syrien.
Beaucoup de petites plateformes, surtout celles basées en Europe ou en Asie, n’ont pas les ressources pour faire ce tri. Elles préfèrent bloquer tous les utilisateurs syriens pour éviter les risques. C’est un problème : la liberté d’accès ne sert à rien si les services refusent de vous servir par peur de se tromper.
La réforme du nom : de « sanctions syriennes » à « PAARSS »
Le 24 septembre 2025, l’OFAC a changé le nom du programme de sanctions. Il n’est plus appelé « Syrian Sanctions Regulations ». Il s’appelle maintenant Promoting Accountability for Assad and Regional Stabilization Sanctions Regulations - ou PAARSS. Ce changement de nom n’est pas qu’une question de communication. C’est une déclaration politique : les États-Unis ne veulent plus punir un peuple entier. Ils veulent punir les responsables.Cela signifie que les Syriens ordinaires ne sont plus vus comme des ennemis. Ils sont des citoyens qui méritent un accès au système financier mondial - même si ce système est maintenant dominé par la blockchain et la crypto.
Les technologies libérées : les mineurs et les développeurs peuvent enfin respirer
L’Office of Export Administration (BIS) a aussi joué un rôle clé. Le 2 septembre 2025, il a mis en place une nouvelle exception de licence : Syria Peace and Prosperity (SPP). Cela permet d’exporter librement vers la Syrie tout équipement technologique non contrôlé - ce qu’on appelle les « EAR99 items ».Qu’est-ce que ça veut dire ? Que vous pouvez maintenant légalement envoyer des ASIC pour miner du Bitcoin, des serveurs pour héberger des nœuds Ethereum, ou même des ordinateurs pour développer des applications blockchain en Syrie. Avant, il fallait une licence spéciale, et elle était presque toujours refusée. Maintenant, vous pouvez commander un miner sur Amazon et l’envoyer à Alep sans crainte.
Cela pourrait déclencher une vague d’innovation. Des jeunes développeurs syriens commencent déjà à créer des wallets locaux, des ponts entre la blockchain et les systèmes de paiement mobiles comme Syriatel Wallet. Des coopératives de minage se forment à Homs et à Lattaquié. Ce n’est pas encore un écosystème mature, mais c’est un début.
Le rôle de la finance traditionnelle : FinCEN et les banques
Le 4 juin 2025, le FinCEN a publié des lignes directrices pour les institutions financières : adoptez une approche fondée sur les risques. Cela veut dire : ne bloquez pas tout le monde. Vérifiez les comportements. Si un utilisateur syrien a des transactions régulières avec des entreprises étrangères, et qu’il n’est pas sur la liste SDN, il est probablement légitime.Les banques américaines n’ont pas encore complètement adapté leurs systèmes. Beaucoup restent prudents. Mais les plateformes de crypto, elles, ont réagi plus vite. Coinbase a mis à jour ses systèmes de KYC en juillet. Binance a ouvert un canal dédié pour les utilisateurs syriens en août. Ce n’est pas parfait, mais c’est un progrès.
Et maintenant ? Les défis restants
Malgré cette avancée historique, des obstacles persistent :- Les Syriens n’ont pas toujours accès à Internet stable ou à des smartphones modernes.
- Les banques locales ne soutiennent pas encore les transferts entre crypto et devises nationales.
- Les échanges ne sont pas toujours disponibles en arabe, ni adaptés aux faibles revenus.
- Les autorités syriennes ne reconnaissent pas encore la crypto comme monnaie légale.
Le plus grand risque ? L’oubli. Si les États-Unis ou l’UE reviennent sur cette décision, les Syriens pourraient être de nouveau isolés. C’est pourquoi les organisations locales de défense des droits numériques demandent maintenant que les nouvelles règles soient inscrites dans la loi, pas seulement dans des ordonnances exécutives.
Qu’est-ce que cela change pour vous, utilisateur de crypto ?
Si vous êtes syrien : vous pouvez maintenant utiliser les plateformes de crypto comme n’importe qui dans le monde. Vous pouvez envoyer de l’ETH à votre famille à Beyrouth, acheter des NFT, participer à des airdrops, ou même gagner des récompenses en staking. Votre identité n’est plus un obstacle.Si vous êtes un fournisseur de services : vous devez mettre en place un système de vérification plus fin. Ne bloquez pas tout le monde. Ne laissez pas les mauvais acteurs entrer. Faites la différence entre un citoyen et un criminel. C’est le défi du XXIe siècle : comment protéger la sécurité sans punir l’innocent ?
Qu’est-ce que cela signifie pour l’avenir de la crypto ?
La Syrie est devenue un laboratoire. Un test pour une nouvelle forme de sanctions : ciblées, précises, humaines. Plutôt que d’éteindre l’accès à la finance pour tout un pays, les États-Unis ont choisi de laisser la lumière allumée - sauf pour les méchants.Cela pourrait devenir le modèle pour l’Iran, le Venezuela, ou même la Russie. La crypto n’est pas juste une technologie. C’est un outil de justice économique. Et pour la première fois, une grande puissance l’a utilisé pour libérer, pas pour punir.
Les Syriens peuvent-ils maintenant utiliser Coinbase ou Binance légalement ?
Oui, depuis le 1er juillet 2025, les utilisateurs syriens non sanctionnés peuvent ouvrir des comptes et effectuer des transactions sur toutes les plateformes de crypto basées aux États-Unis ou dans les pays qui respectent les sanctions américaines. Les échanges comme Coinbase, Kraken et Binance ont mis à jour leurs systèmes pour permettre l’accès aux Syriens, à condition qu’ils ne soient pas sur la liste SDN de l’OFAC.
Quels types de transactions sont toujours interdits ?
Toute transaction impliquant une personne ou une entité encore sanctionnée par l’OFAC est interdite. Cela inclut les membres du régime d’Assad, les trafiquants de Captagon, les groupes terroristes comme ISIS ou Al-Qaïda, et les personnes liées à l’Iran. Les plateformes doivent bloquer ces adresses et ces comptes, même si le reste de la population syrienne est désormais autorisée.
Les mineurs de crypto en Syrie peuvent-ils acheter des ASIC légalement ?
Oui. Depuis le 2 septembre 2025, l’exception de licence SPP autorise l’exportation vers la Syrie de tout équipement technologique non contrôlé, y compris les ASIC, les serveurs et les composants pour miner ou héberger des nœuds blockchain. Aucune licence spéciale n’est plus nécessaire.
Les Syriens peuvent-ils recevoir des dons en crypto depuis l’étranger ?
Oui. Les transferts de crypto provenant de particuliers, d’ONG ou de fondations étrangères sont désormais autorisés, tant que le destinataire n’est pas sur la liste des personnes sanctionnées. Cela permet à des familles de recevoir de l’aide financière directement via des wallets Bitcoin ou Ethereum.
Est-ce que cette levée de sanctions est définitive ?
À ce jour, elle est permanente. Les ordonnances exécutives ont été abrogées, les régulations supprimées du Code of Federal Regulations, et les noms retirés de la liste SDN. Cependant, l’OFAC a indiqué qu’il pourrait ajouter de nouvelles règles sous le cadre PAARSS. Il est donc possible que des restrictions ciblées soient réintroduites à l’avenir - mais pas une interdiction générale comme avant.
Pourquoi les banques syriennes ne soutiennent-elles pas encore la crypto ?
Le système bancaire syrien est encore sous pression internationale, fragmenté, et peu numérique. Même si les sanctions américaines sont levées, les banques locales n’ont pas encore mis en place d’infrastructure pour convertir la crypto en livres syriennes ou pour gérer les risques de volatilité. C’est un problème technique et institutionnel, pas juridique.
Matthew Kelly
janvier 21, 2026 AT 00:42