Interdiction et application de l'interdiction des cryptomonnaies par la Banque centrale d'Égypte

Interdiction et application de l'interdiction des cryptomonnaies par la Banque centrale d'Égypte

En 2020, la Banque centrale d'Égypte (CBE) a imposé l’une des interdictions les plus strictes au monde sur les cryptomonnaies. Pas une simple mise en garde. Pas un simple avertissement. Une interdiction totale de toute activité liée aux monnaies numériques privées, encadrée par la loi n° 194/2020. Depuis, aucune banque, aucun service financier, aucun échange ou plateforme ne peut légalement traiter des bitcoins, des ethereum ou toute autre cryptomonnaie en Égypte. Et cette règle ne s’arrête pas aux transactions : elle interdit aussi la promotion, la publicité, voire la simple discussion autour de ces actifs dans un contexte commercial.

La loi qui a tout changé

La loi n° 194/2020 n’est pas une simple réforme. C’est un changement de système. Elle réécrit le cadre juridique du système bancaire égyptien, en faisant de la Banque centrale l’unique autorité légitime à émettre toute forme de monnaie. Cela signifie que si une cryptomonnaie n’est pas créée, contrôlée et validée par la CBE, elle est illégale. Pas de dérogation. Pas d’exception. Même les transferts P2P entre particuliers tombent sous le coup de cette interdiction, car ils contournent le système bancaire supervisé par l’État.

Le texte est clair : aucune personne physique ou morale ne peut émettre, négocier, promouvoir ou faciliter l’utilisation de cryptomonnaies sans autorisation expresse de la CBE. Et cette autorisation, personne ne l’a jamais obtenue. Jamais. Même les entreprises technologiques qui veulent intégrer des solutions blockchain pour la logistique ou la traçabilité des marchandises doivent s’assurer que leur système n’interagit jamais avec des actifs numériques non autorisés.

Le poids du religieux

Ce n’est pas seulement une question de finance. En 2018, le Conseil des oulémas d’Égypte a publié une fatwa qui déclare les cryptomonnaies haram - interdites selon la loi islamique. Pourquoi ? Parce qu’elles manquent de transparence, n’ont pas de soutien matériel, et favorisent la spéculation. Cette position religieuse a renforcé la légitimité de l’interdiction bancaire. Dans un pays où plus de 90 % de la population est musulmane, cette fatwa a eu un impact profond. Beaucoup d’Égyptiens ne se contentent pas d’obéir à la loi : ils suivent aussi les orientations religieuses. Cela a créé une double barrière : légale et morale.

Un citoyen envoie discrètement des bitcoins, surveillé par la Banque centrale, avec une monnaie numérique étatique qui brille en arrière-plan.

Enforcement : une interdiction sur le papier ?

Mais ici, le problème ne vient pas de la loi. Il vient de son application. Malgré l’interdiction officielle, des rapports du Département d’État américain en 2025 montrent que des activités de cryptomonnaies persistent en Égypte. Des utilisateurs continuent d’échanger des bitcoins via des plateformes P2P, des portefeuilles numériques sont utilisés en sous-main, et des entreprises locales proposent des services de conversion en devises étrangères en utilisant des cryptos comme intermédiaire.

La Banque centrale ne publie pas de chiffres sur les sanctions. Pas de procès célèbres. Pas de peines de prison publiées. Pourquoi ? Parce qu’il est extrêmement difficile de traquer des transactions décentralisées. Une personne peut envoyer des bitcoins à un ami en utilisant une application sur son téléphone, sans jamais passer par une banque. Et la CBE ne peut pas surveiller chaque téléphone portable, chaque application, chaque wallet. Elle n’a ni les ressources ni la technologie pour le faire.

Les banques égyptiennes, elles, sont tenues de bloquer tout transfert lié à des plateformes de cryptomonnaie. Mais si quelqu’un utilise un service de change non régulé, ou un compte bancaire à l’étranger, il peut contourner la surveillance. Ce qui rend l’interdiction efficace sur le plan légal, mais fragile sur le plan pratique.

Blockchain : pas de cryptos, mais du tech

Ce qui est fascinant, c’est que l’Égypte n’a pas rejeté la technologie. Elle a fait un choix clair : interdire les cryptomonnaies, mais adopter la blockchain.

À l’aéroport du Caire, le système ACI (Advanced Cargo Information) utilise la blockchain pour suivre les marchandises entrantes. Chaque colis est enregistré sur un registre immuable, ce qui réduit la fraude et accélère les douanes. Dans les ports de Suez, la même technologie permet de vérifier l’origine des produits sans avoir besoin de papiers physiques. Et dans les provinces rurales, des projets pilotes testent des registres fonciers basés sur la blockchain pour éviter les usurpations de propriété.

La CBE ne finance pas les cryptos. Mais elle soutient activement les projets blockchain pour la gestion des données publiques, la traçabilité des chaînes d’approvisionnement et même les transferts de fonds entre institutions étatiques. Ce n’est pas un paradoxe. C’est une stratégie. L’Égypte veut la transparence, sans la volatilité. La traçabilité, sans la spéculation.

Une scène divisée : une chaîne d'approvisionnement blockchain à gauche, des cryptos interdites à droite, sous un tampon 'HARAM' en style Bauhaus.

Le futur : CBDC et contrôle centralisé

La Banque centrale d’Égypte travaille en secret sur une monnaie numérique de banque centrale (CBDC). Pas une cryptomonnaie. Pas une alternative décentralisée. Une version numérique de la livre égyptienne, entièrement contrôlée, traçable et limitée à l’usage officiel. Cette CBDC serait utilisée pour les paiements gouvernementaux, les subventions sociales, et éventuellement les transferts internationaux.

Le but ? Réduire la dépendance aux devises étrangères, lutter contre la contrebande de devises, et reprendre le contrôle sur les flux monétaires. Ce n’est pas une révolution. C’est une récupération. L’État veut que l’argent numérique soit une extension de sa souveraineté, pas une menace à sa stabilité.

Les startups égyptiennes qui veulent travailler sur des solutions de paiement digital doivent donc choisir : soit elles s’alignent sur les règles de la CBE et construisent des systèmes blockchain sans cryptos, soit elles risquent de se retrouver en dehors du système légal - et de perdre leur licence, leurs fonds, voire leur liberté.

Conclusion : une stratégie de contrôle total

L’Égypte n’est pas contre la technologie. Elle est contre le chaos. Elle n’interdit pas l’innovation. Elle l’encadre. Le modèle égyptien est unique : une interdiction totale des cryptomonnaies, combinée à une adoption proactive de la blockchain pour les services publics. C’est une réponse à la fois religieuse, économique et politique.

Et contrairement à d’autres pays qui oscillent entre tolérance et interdiction, l’Égypte a choisi une voie claire : aucun espace pour les cryptos. Mais beaucoup d’espace pour la technologie qui sert l’État. Ce n’est pas un refus du futur. C’est une volonté de le contrôler.

Pourquoi la Banque centrale d’Égypte interdit-elle les cryptomonnaies ?

La Banque centrale d’Égypte interdit les cryptomonnaies pour protéger la stabilité financière du pays, préserver le contrôle de sa politique monétaire et éviter la spéculation. Les cryptomonnaies, non régulées et décentralisées, menacent la souveraineté monétaire de l’État. Cette interdiction est renforcée par une fatwa religieuse de 2018 qui les déclare haram, ce qui en fait un obstacle à la fois juridique et culturel.

Est-ce que les Égyptiens peuvent encore acheter des cryptos ?

Techniquement, oui - mais à leurs risques et périls. Il n’existe aucun échange légal en Égypte. Les transactions se font en sous-main via des plateformes P2P ou des comptes bancaires à l’étranger. Mais ces activités sont illégales. Les banques égyptiennes bloquent les transferts vers les plateformes de cryptos. Si vous êtes découvert, vous risquez des amendes, la fermeture de votre compte bancaire, ou même des poursuites pénales, même si les sanctions sont rarement appliquées.

La blockchain est-elle autorisée en Égypte ?

Oui, totalement. L’Égypte utilise la blockchain pour moderniser ses systèmes publics. Le système ACI aux douanes, les registres fonciers pilotes et la traçabilité des marchandises utilisent cette technologie. La Banque centrale soutient ces projets car la blockchain permet une transparence sans risque de spéculation. Ce qui est interdit, c’est l’usage de cryptomonnaies - pas la technologie sous-jacente.

Quelle est la différence entre une CBDC et une cryptomonnaie ?

Une CBDC (monnaie numérique de banque centrale) est une version numérique de la monnaie nationale, émise et contrôlée par la Banque centrale. Toute transaction est traçable et soumise aux lois nationales. Une cryptomonnaie, comme le bitcoin, est décentralisée, non contrôlée, et souvent anonyme. L’Égypte veut une CBDC pour renforcer son pouvoir sur l’économie, pas une cryptomonnaie pour la déstabiliser.

Les entreprises égyptiennes peuvent-elles utiliser la blockchain pour leurs affaires ?

Oui, et elles le font déjà. Les entreprises dans la logistique, les douanes, l’agriculture et la santé utilisent la blockchain pour sécuriser les données, réduire la fraude et automatiser les processus. Mais elles doivent s’assurer que leur système ne traite jamais de cryptomonnaies. La technologie est autorisée, l’actif numérique est interdit. C’est une distinction cruciale dans la stratégie égyptienne.

17 Comments

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    Clemence Racle

    février 8, 2026 AT 01:14

    Je trouve ça fascinant comment l'Égypte a réussi à séparer la technologie de la monnaie. La blockchain pour les douanes, mais pas un seul bitcoin en vue. C'est comme utiliser un Ferrari pour transporter des légumes - efficace, propre, et sans gaspillage.

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    Nicole Roden

    février 8, 2026 AT 10:27

    Je suis impressionnée par cette approche à la fois rigoureuse et pragmatique. 😊 La combinaison de la loi + la fatwa + l'adoption stratégique de la blockchain... C'est un modèle qui pourrait inspirer bien d'autres pays. Le contrôle n'est pas toujours une mauvaise chose, surtout quand il protège les citoyens.

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    Axelle Kadio-Morokro

    février 8, 2026 AT 16:38

    ouai mais... les gens continuent d'echanger en sous-main... c'est comme interdire l'air... les gens vont trouver un moyen. je vois des egyptiens qui utilisent des wallets sur leur tel avec des vpn... c'est pas parfait mais c'est humain 😅

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    Franc Lautar

    février 9, 2026 AT 00:43

    Je suis d'accord avec la plupart des points. Ce qui me frappe, c'est que l'Égypte n'est pas anti-techno, elle est anti-chaos. Et c'est une distinction cruciale. Beaucoup de pays confondent les deux. Ici, ils ont choisi la voie du contrôle intelligent. Respect.

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    valentin ciochir

    février 9, 2026 AT 23:44

    La CBDC, c'est la clé. Si tu veux moderniser ton système sans perdre le contrôle, c'est la seule voie. Les cryptos, c'est le Wild West. La blockchain, c'est le GPS. Tu veux aller quelque part ? Tu utilises le GPS. Tu veux te perdre dans le désert ? Alors va avec les cryptos. 😄

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    Mathieu Godart

    février 11, 2026 AT 17:47

    Les gens pensent que c'est une interdiction, mais c'est une réforme. L'Égypte veut que l'argent soit un outil, pas un jeu. Et c'est sain. Moins de spéculateurs, plus de stabilité. Simple comme ça.

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    Marianne Adkins

    février 13, 2026 AT 11:24

    Il y a une profondeur philosophique ici. L'interdiction des cryptomonnaies n'est pas une réaction technophobe, mais une affirmation de la souveraineté. L'État ne refuse pas le futur - il en redéfinit les règles. Et dans un monde où tout est décentralisé, peut-être que le vrai pouvoir, c'est de rester centralisé... avec sagesse.


    La question n'est pas : « Pourquoi interdire ? » mais : « Pourquoi laisser faire ? »

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    Julie Pritchard

    février 14, 2026 AT 22:07

    Vous êtes tous naïfs. Cette interdiction ne protège pas les citoyens - elle protège les élites. Les banques, les bureaucrates, les politiciens. Ce n’est pas une stratégie, c’est une prise de pouvoir. Et la blockchain ? Une opération de propagande pour faire croire qu’ils sont modernes. En réalité, ils veulent un contrôle total. Sans cryptos, pas de résistance. Point.

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    Christine McConnell

    février 15, 2026 AT 18:27

    La dynamique est claire : la CBE a adopté une stratégie de « technologie contrôlée » - un modèle de governance digitale où l'infrastructure est décentralisée (blockchain), mais la monnaie reste centralisée (CBDC). Cela permet une traçabilité totale, une réduction des risques systémiques, et une conformité réglementaire robuste. La crypto, par nature, est antithétique à ce modèle. C’est pourquoi l’Égypte a fait le choix stratégique de séparer l’outil de l’actif.

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    Adama keita

    février 17, 2026 AT 11:06

    Donc on interdit les cryptos... mais on utilise la blockchain pour suivre les sacs de riz ? C’est comme interdire les voitures... mais autoriser les roues. 😏

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    Xavier Carr

    février 19, 2026 AT 05:28

    Vous croyez que c’est pour la stabilité ? Non. C’est parce que les Égyptiens qui ont des bitcoins ont commencé à envoyer de l’argent à l’étranger. Et ça, ça fait peur aux dirigeants. Ils veulent garder l’argent dans le pays. Point. La religion, la blockchain, tout ça, c’est du décor. Le vrai but, c’est le contrôle. Et vous, vous tombez dans le piège.

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    Alexis Dick

    février 20, 2026 AT 06:05

    La CBE n’a pas les moyens de traquer les transactions... donc elle en fait une loi... mais elle ne la fait pas appliquer... donc elle a créé un système où tout le monde est illégal... mais personne n’est puni... c’est un piège à cons. Les gens continuent... et le gouvernement fait semblant de croire que ça ne se passe pas. Hypocrisie totale. Et vous, vous l’admirer ?

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    Anne Smyers

    février 22, 2026 AT 05:46

    Je trouve cette stratégie profondément pathétique. L’Égypte refuse l’innovation parce qu’elle a peur de perdre le contrôle... et pourtant, elle l’adopte... mais seulement si elle peut le dompter. C’est comme interdire l’amour... puis organiser un festival de la tendresse. Vous ne comprenez pas ? C’est une tragédie. Une tragédie bureaucratique.

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    Nadine ElSaleh

    février 23, 2026 AT 05:18

    C’est vraiment inspirant de voir un pays choisir la stabilité sans rejeter la technologie. Je suis contente que la blockchain soit utilisée pour des projets concrets - comme les registres fonciers. Ça change vraiment la vie des gens. Et franchement, on a besoin de plus de modèles comme ça dans le monde.

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    Nathalie Farigu

    février 23, 2026 AT 19:59

    blockchain good, crypto bad. simple. 😊

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    Stefaan Scheyltjens

    février 24, 2026 AT 01:08

    Je soupçonne fortement que cette CBDC est un précurseur à un système de crédit social numérique. La traçabilité totale, la suppression des transactions anonymes, l’absence de cryptos - c’est le préambule à une surveillance de masse. Les Égyptiens ne le savent pas encore, mais ils sont en train de signer un contrat avec un État-totalitaire numérique. Et la blockchain ? Un leurre. Une façade pour masquer la mainmise sur l’identité monétaire.

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    Clemence Racle

    février 24, 2026 AT 11:19

    Je suis d'accord avec @1632 - les registres fonciers, c'est la vraie révolution. Imagine un paysan qui peut prouver qu'il possède sa terre sans un papier qui a disparu depuis 1987. C'est ça, le progrès. Pas les cryptos.


    Et je trouve ça beau que l'Égypte ait choisi ça. Pas de hype. Pas de FOMO. Juste un travail sérieux.

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