Envoyer de l’argent à l’étranger coûte encore trop cher. Même en 2026, envoyer 200 dollars aux Philippines, au Nigeria ou au Mexique peut vous coûter plus de 13 dollars en frais. C’est un impôt invisible sur les familles qui comptent sur ces transferts pour manger, payer le loyer ou envoyer leurs enfants à l’école. Pendant des décennies, les grandes entreprises comme Western Union ou Wise ont dominé ce marché - avec des délais de plusieurs jours et des tarifs élevés. Mais quelque chose de nouveau est en train de se développer : les stablecoins et la blockchain.
Comment les cryptomonnaies transforment les envois de fonds
Les stablecoins, comme USDC ou USDT, sont des cryptomonnaies liées à une monnaie fiduciaire - généralement le dollar américain. Contrairement à Bitcoin, leur valeur ne fluctue pas. C’est ce qui les rend utiles pour les paiements réels. En 2024, plus de 15,6 billions de dollars ont été transférés via des stablecoins, une somme équivalente au volume annuel de Visa. En 2025, ils représentent déjà 3 % de tous les paiements transfrontaliers mondiaux. Ce n’est pas encore la majorité, mais la croissance est rapide.
La différence principale ? Le coût. Sur certains réseaux blockchain de deuxième couche, comme Polygon ou Solana, envoyer un stablecoin coûte moins de 0,01 dollar. C’est 99 % moins cher que les services traditionnels. Et le temps ? De trois à cinq jours à moins de trente secondes. Un fabricant au Texas paie maintenant ses fournisseurs à Singapour en USDC : la transaction est validée, confirmée et enregistrée en moins de 15 minutes. Pas de banque intermédiaire. Pas de messages SWIFT. Pas de retards.
Le problème des intermédiaires
Les systèmes bancaires traditionnels fonctionnent comme une chaîne de dominos. Votre banque envoie des dollars à une banque correspondante aux États-Unis. Cette banque les transfère à une autre en Europe ou en Asie, qui les envoie à la banque du bénéficiaire. Chaque étape prend du temps, chaque étape facture des frais. Et aucune de ces banques ne déplace réellement l’argent - elles ne font que mettre à jour des registres.
La blockchain, elle, fait tout en une seule opération. L’argent est transféré directement du portefeuille de l’expéditeur au portefeuille du bénéficiaire, avec une vérification par plusieurs nœuds du réseau. C’est ce qu’on appelle un règlement atomique. Pas besoin de passer par cinq institutions. Pas besoin de payer pour chaque intermédiaire. C’est comme passer d’un courrier postal à un SMS instantané.
Les limites : régulation et accès
Mais ce n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. Le principal frein ? La régulation. Chaque pays a ses propres règles. Aux États-Unis, les autorités surveillent les stablecoins comme des actifs financiers. En Europe, la loi MiCA impose des exigences strictes en matière de transparence et de conformité. Au Nigeria, les banques centrales ont limité l’accès aux plateformes de cryptomonnaies. Au Vietnam, les autorités reconnaissent les avantages techniques - coûts plus bas, fiabilité accrue - mais insistent sur la nécessité de naviguer entre des cadres juridiques très différents.
Un autre problème : qui reçoit l’argent ? Les entreprises peuvent accepter des stablecoins directement. Mais pour une mère au Nigeria qui reçoit de l’argent de son fils aux États-Unis, le problème commence après la réception. Convertir des USDC en naira demande souvent une passerelle tierce - et ces passerelles facturent 3 à 5 % de frais. Cela annule une grande partie des économies. Sur Reddit, des utilisateurs racontent : « Je reçois des stablecoins, mais pour en tirer de l’argent liquide, je dois payer presque autant qu’avec Western Union. »
Qui utilise vraiment les stablecoins aujourd’hui ?
Les entreprises. Les grandes sociétés, surtout celles qui travaillent avec des fournisseurs internationaux, sont les premières adoptantes. Selon Gartner, 38 % des entreprises du Fortune 500 utilisent déjà la blockchain pour au moins certains de leurs paiements transfrontaliers. BVNK, une plateforme spécialisée, rapporte que ses clients - principalement des PME de fabrication et de technologie - réduisent leurs délais de paiement de 3 à 5 jours à moins de 15 minutes. Leur satisfaction ? 4,7 sur 5.
Les particuliers ? Plus lentement. Dans les pays où les coûts traditionnels sont les plus élevés - comme les Philippines ou le Kenya - l’adoption croît rapidement. La banque centrale des Philippines a signalé une hausse de 217 % des envois de fonds en cryptomonnaie en 2024. Mais ils ne représentent encore que 4,3 % du total. Ce n’est pas encore massif, mais c’est un signal fort.
La technologie derrière tout ça
Le cœur du système, c’est la blockchain. Mais ce n’est pas une seule blockchain. C’est un écosystème. Des protocoles comme le Cross-Chain Transfer Protocol (CCTP) de Circle permettent à l’USDC d’être brûlé sur Ethereum et re-minté sur Solana ou Avalanche, tout en restant fidèle à sa valeur. Cela signifie que les entreprises n’ont pas à choisir un seul réseau - elles peuvent utiliser celui qui est le plus rapide ou le moins cher à un moment donné.
La sécurité est aussi améliorée. Les plateformes modernes intègrent automatiquement les exigences de lutte contre le blanchiment d’argent (AML) et la connaissance du client (KYC). Le « Travel Rule » oblige les fournisseurs à transmettre les informations de l’expéditeur et du bénéficiaire, comme le font les banques traditionnelles. Ce n’est pas l’anonymat total - c’est la conformité, mais plus efficace.
Le futur : CBDC et harmonisation
Le prochain pas ? Les devises numériques des banques centrales (CBDC). Environ 90 % des banques centrales mondiales travaillent sur un projet de CBDC. Le projet mBridge, mené par la Banque des règlements internationaux, a déjà démontré des transferts entre la Chine, la Thaïland, et l’Émirat arabes unis en quelques secondes. Ce n’est pas de la science-fiction - c’est déjà en test.
Le vrai défi, c’est l’harmonisation. Si chaque pays développe son propre système, on risque de reproduire les mêmes silos que les banques traditionnelles. La Financial Stability Board le dit clairement : sans coordination internationale, les avantages de la blockchain ne seront pas pleinement réalisés. Les entreprises comme J.P. Morgan le savent. Elles testent des solutions hybrides : des réseaux privés avec des CBDCs, mais connectés à des systèmes ouverts pour les particuliers.
Que faire aujourd’hui ?
Si vous êtes une entreprise qui envoie fréquemment de l’argent à l’étranger : explorez des fournisseurs comme BVNK, Circle ou Ripple. Assurez-vous qu’ils sont réglementés dans vos pays d’opération. Vérifiez qu’ils offrent des outils de conversion automatique en monnaie locale et une intégration avec votre logiciel de comptabilité. La courbe d’apprentissage est courte - deux à trois semaines suffisent pour former une équipe financière.
Si vous êtes un particulier qui reçoit des envois de fonds : vérifiez si votre destinataire peut utiliser une application locale qui accepte les stablecoins et les convertit en monnaie nationale sans frais exorbitants. Dans certains pays, des applications comme Yellow Card ou Paxful permettent de convertir des USDC en pesos, en naira ou en peso philippin avec des frais autour de 1 à 2 %. Ce n’est pas parfait, mais c’est déjà mieux que 6,62 %.
Les cryptomonnaies ne remplacent pas encore les banques. Mais elles les forcent à s’améliorer. Et pour les familles qui dépendent des envois de fonds, chaque dollar économisé compte. Ce n’est pas une révolution. C’est une évolution - lente, parfois frustrante, mais réelle.
Les stablecoins sont-ils légaux pour les envois de fonds ?
Cela dépend du pays. Aux États-Unis, les stablecoins sont légaux mais régulés comme des valeurs mobilières ou des services de transfert d’argent. En Europe, la loi MiCA impose des exigences strictes sur la transparence et la conformité. Dans certains pays comme le Nigeria ou le Vietnam, les banques centrales imposent des restrictions ou interdisent les transactions via des plateformes non autorisées. Toujours vérifiez les règles locales avant d’utiliser des cryptomonnaies pour envoyer de l’argent.
Peut-on envoyer des stablecoins sans compte bancaire ?
Oui. Toute personne avec un portefeuille blockchain (comme MetaMask, Trust Wallet ou une application locale) et une connexion internet peut envoyer ou recevoir des stablecoins. C’est l’un des grands avantages pour les populations non bancarisées. Mais le problème vient ensuite : convertir ces cryptomonnaies en monnaie locale nécessite souvent une passerelle, qui peut exiger un identifiant ou un compte bancaire. L’accès au réseau est libre, mais l’accès à la monnaie fiduciaire ne l’est pas toujours.
Pourquoi les frais sont-ils si bas avec les stablecoins ?
Parce qu’il n’y a pas d’intermédiaires. Dans les systèmes traditionnels, chaque banque intermédiaire facture un frais pour valider, transférer et enregistrer la transaction. Avec la blockchain, une seule vérification par plusieurs nœuds du réseau suffit. Les coûts techniques sont minimes - moins de 0,01 dollar sur les réseaux optimisés. Ce n’est pas un miracle, c’est une réduction de la complexité.
Les stablecoins sont-ils plus sûrs que les virements bancaires ?
Ils sont plus transparents, mais pas nécessairement plus sûrs. Les transactions blockchain sont immuables et traçables, ce qui réduit la fraude. Mais si vous perdez votre clé privée ou si vous êtes victime d’un hameçonnage, l’argent est perdu pour toujours. Les banques traditionnelles offrent des protections contre la fraude (remboursements, vérifications) que les plateformes de cryptomonnaies ne garantissent pas toujours. La sécurité dépend de l’utilisateur et du fournisseur utilisé.
Quel est l’avenir des envois de fonds ?
L’avenir est hybride. Les stablecoins et les CBDCs vont coexister avec les systèmes traditionnels pendant encore des années. Les grandes entreprises adoptent déjà la blockchain pour leurs paiements B2B. Pour les particuliers, la clé sera l’accès facile aux passerelles de conversion. Les pays qui développeront des infrastructures publiques pour connecter les cryptomonnaies aux systèmes bancaires locaux - comme le Kenya avec M-Pesa - seront les premiers à voir une adoption massive. Ce n’est pas une question de « si », mais de « quand » et « comment ».
Axelle Kadio-Morokro
janvier 5, 2026 AT 23:45moi j’ai reçu des USDC de mon frère à Paris l’année dernière… j’ai dû passer par Yellow Card et j’ai payé 2,3 %… c’est mieux que WU mais j’ai encore eu envie de pleurer quand j’ai vu le solde. la tech est géniale, mais si la dernière mile coûte autant, c’est comme avoir une super voiture… sans essence.
Jeanette Lesbirel
janvier 7, 2026 AT 22:14bon, j’ai lu jusqu’à « stablecoins » et j’ai arrêté. trop de mots.
Nicole Roden
janvier 9, 2026 AT 13:31Je trouve fascinant que cette technologie puisse transformer la vie de tant de familles… mais je me demande si on ne sous-estime pas la barrière éducative. 🌍💡 Même si c’est bon marché, si personne ne sait comment l’utiliser en toute sécurité, ça reste un luxe pour quelques-uns. Il faut des programmes de sensibilisation, pas juste des APIs.
Yves Pepin
janvier 11, 2026 AT 04:55Les banques ne vont pas disparaître. Elles vont s’adapter. Et elles ont l’avantage du poids institutionnel.
ivan vassilev
janvier 11, 2026 AT 19:53La blockchain n’est pas une révolution - c’est une réforme ! 🚀 Et les gens qui disent que c’est pour les « riches » se trompent : c’est pour ceux qui ont été exclus ! Qui a dit que les sans-banque ne méritaient pas un système rapide, transparent, et bon marché ?! On parle de millions de personnes ! C’est une question de dignité !
Romain Thevenin
janvier 12, 2026 AT 10:09Je suis d’accord avec la majorité des points, mais il faut être honnête : la régulation est nécessaire, pas ennemie. Les stablecoins sans KYC/AML, c’est comme une voiture sans freins. Oui, elle va vite, mais elle va tuer. Les plateformes comme BVNK ou Circle qui intègrent déjà ces normes de manière fluide - c’est là que le vrai progrès est. Ce n’est pas un compromis, c’est une évolution intelligente. Et les entreprises qui les adoptent ne sont pas des « tech bros » - ce sont des gestionnaires pragmatiques qui veulent réduire les risques et les coûts. C’est ça, la finance moderne.
Brigitte ROYAL
janvier 13, 2026 AT 07:30stablescoins = crypto mais en doux 😌💸… genre un café sans caféine. mais bon, si tu perds ta clé… bye bye ta thune. j’ai vu un mec pleurer sur reddit parce qu’il avait effacé son wallet… j’ai rigolé… puis j’ai pensé à ma mère qui envoie de l’argent à son frère à Dakar… et j’ai plus rigolé. 🥲
THUANE MONNIERI
janvier 13, 2026 AT 07:38Vous voyez tous la lumière mais vous ignorez l’ombre. Les stablecoins sont un outil de contrôle des élites. Qui détient les clés des protocoles ? Des entreprises américaines. Qui décide de bloquer une transaction ? Des algorithmes non transparents. La « transparence » est un leurre. La blockchain ne libère pas, elle centralise autrement. Et la CBDC ? C’est le vrai danger. L’État avec un bouton OFF sur votre argent. Vous croyez que c’est de la liberté ? C’est de la surveillance en mode 2.0.
Juliette Krewer
janvier 14, 2026 AT 17:44Et si c’était une arnaque ? Qui a vérifié que les « stablecoins » sont vraiment 1:1 avec le dollar ? Et si Circle cache des dettes ? Et si tout ça s’effondre comme Lehman Brothers ? Personne ne parle de ça. On parle de « 0,01 $ » comme si c’était un miracle… mais c’est un château de cartes. Et quand ça tombe, ce sont les plus pauvres qui perdent tout. C’est pas de la finance, c’est du casino avec des mots compliqués.
James Gowan-Webster
janvier 15, 2026 AT 06:46La partie sur le « Travel Rule » est cruciale. Les banques traditionnelles ne l’appliquent pas bien. Les plateformes crypto l’appliquent mieux. C’est une inversion intéressante : la technologie force la conformité, pas l’inverse. Ce n’est pas une défaite de la régulation - c’est sa modernisation.
Thibaut Weidmann
janvier 16, 2026 AT 06:29Je trouve étrange que tout le monde parle de « coûts » comme si c’était le seul enjeu. Et la souveraineté monétaire ? Et l’impact sur les économies locales ? Quand tout le monde envoie des USDC, qui contrôle la valeur du naira ou du peso ? Ce n’est pas de la décentralisation, c’est une dollarisation silencieuse. Et les pays en développement deviennent des dépendances numériques. C’est ça, votre « évolution » ?
andre Garcia Rubio
janvier 16, 2026 AT 11:29Je suis un petit artisan à Lyon qui envoie des paiements à un fournisseur au Maroc. J’ai testé USDC sur Solana. 12 secondes. 0,008 $. J’ai pleuré. Pas de papier. Pas de banque. Pas de délai. C’est la première fois depuis 20 ans que je sens que la technologie me sert, pas qu’elle me complique la vie. Merci à ceux qui ont fait ça possible. 🙏
Sylvie Verboom
janvier 18, 2026 AT 11:08La preuve que la blockchain est une illusion : les 38 % du Fortune 500 qui l’utilisent ne le font pas pour réduire les coûts. Ils le font pour éviter les audits. Les données sur la blockchain sont immuables… mais aussi invisibles aux contrôleurs fiscaux. Ce n’est pas de la transparence, c’est de l’obfuscation. Et vous, vous applaudissez ?
Tristan Brault
janvier 20, 2026 AT 09:53Nous parlons ici d’un changement de paradigme épistémologique : le transfert de valeur n’est plus un acte de confiance institutionnelle, mais un acte de mathématique distribuée. La blockchain n’est pas un outil - c’est une ontologie. Elle réécrit la relation entre l’individu et le système monétaire. Ce n’est pas une question de frais, mais de réappropriation du temps et de la dignité. Le dollar n’est plus une monnaie - c’est un protocole. Et ce protocole, nous l’habitons maintenant. Ce n’est pas une révolution financière - c’est une révolution humaine.
Christophe Pan
janvier 21, 2026 AT 12:59Vous êtes tous des naïfs. Les cryptos, c’est pour les gogos. Les vrais riches, ils utilisent les offshore. Les pauvres, ils utilisent Western Union. Les « stablecoins » ? Un gadget pour les geeks qui croient encore que l’internet va sauver le monde. Et la régulation ? Elle va venir. Et quand elle viendra, vous allez voir… tout va revenir comme avant. Sauf que maintenant, vous avez perdu vos économies.