Banque centrale iranienne : les mineurs doivent vendre leurs cryptos à l'État

Banque centrale iranienne : les mineurs doivent vendre leurs cryptos à l'État

En janvier 2025, la Banque centrale d'Iran (CBI) a imposé une nouvelle règle qui change totalement le jeu pour les mineurs de cryptomonnaies dans le pays : ils doivent vendre intégralement leurs cryptos à l'État. Ce n'est pas une suggestion. Ce n'est pas une option. C'est une obligation légale. Toute unité de Bitcoin, Ethereum ou autre cryptomonnaie extraite sur le sol iranien doit être remise à la Banque centrale, en échange de rials à un taux fixe déterminé par le gouvernement.

Comment ça marche ?

Avant 2025, les mineurs iraniens pouvaient vendre leurs cryptos sur des plateformes locales ou les conserver. Certains les échangeaient contre des devises étrangères, d'autres les utilisaient pour acheter des biens en ligne. Mais tout ça a changé. Désormais, chaque mineur - qu'il travaille dans un garage ou dans une ferme de 1000 machines - doit enregistrer ses activités auprès de la CBI. Il reçoit un numéro de licence et un identifiant de miner. Chaque semaine, il doit déclarer le nombre total de cryptos qu'il a extrait. Ensuite, il doit les transférer vers un portefeuille contrôlé par la Banque centrale. En échange, il reçoit des rials à un taux officiel, bien en dessous du cours du marché noir.

Par exemple, un mineur qui extrait 5 BTC par mois doit les livrer à la CBI. La banque lui verse 120 millions de rials (environ 2 500 $ au taux officiel), alors que sur le marché noir, ces 5 BTC valent plus de 350 000 $. Il n’y a pas de négociation. Pas de choix. C’est une règle nationale.

Pourquoi cette mesure ?

L’Iran est l’un des plus grands pays au monde en termes de minage de cryptomonnaies. Il représente environ 4,5 % de la puissance mondiale de minage. Pourquoi ? Parce que l’électricité y est extrêmement bon marché. Mais cette activité consomme autant d’énergie que plusieurs grandes villes réunies. En décembre 2024, des pannes de courant massives ont frappé Téhéran, Mashhad et Yazd. Les autorités ont rapidement identifié les mines illégales comme cause principale.

Le gouvernement a aussi un autre objectif : contourner les sanctions américaines. Les États-Unis ont bloqué l’accès du pays aux systèmes bancaires internationaux. Le rial s’effondre. L’inflation dépasse 60 %. Les Iraniens cherchent désespérément des moyens de sauvegarder leur argent. Les cryptos semblent être la solution. Mais le gouvernement ne veut pas que les citoyens fuient vers le Bitcoin. Il veut contrôler l’argent. Il veut que cet argent passe par lui.

Les mines de l’IRGC (Corps de la garde révolutionnaire islamique) sont les plus grandes. Elles sont connectées à des lignes électriques dédiées, dans des zones militaires. Elles produisent des milliers de BTC par an. Et maintenant, elles doivent aussi livrer leur production à la Banque centrale. Le gouvernement utilise ces cryptos pour acheter des biens à l’étranger - des médicaments, des pièces détachées, des technologies - sans passer par les banques occidentales. C’est une façon de contourner les sanctions, mais en gardant tout le contrôle.

Qui est concerné ?

Tout mineur, même celui qui utilise une seule machine dans sa chambre. La CBI a mis en place un système de suivi en temps réel. Les cartes graphiques doivent être enregistrées. Les adresses IP des fermes sont surveillées. Les fournisseurs d’électricité doivent signaler toute consommation anormale. Les mineurs qui ne se conforment pas risquent des amendes, la saisie de leur matériel, ou même des poursuites judiciaires.

Les grandes exploitations, souvent liées à l’IRGC, ne sont pas exemptées. Elles doivent aussi livrer leurs cryptos. Mais elles bénéficient d’un traitement différent : elles reçoivent des crédits d’électricité en échange, et leur production est souvent utilisée pour des opérations d’État. Les petites exploitations, elles, n’ont pas de négociation possible. Elles sont traitées comme des citoyens ordinaires qui enfreignent la loi.

Une ferme de minage géante connectée à un coffre central contrôlé par l'État iranien.

Et les mineurs ?

Beaucoup ont abandonné. Dans les villes comme Rafsanjan, Kerman ou Tabriz, des centaines de fermes ont été fermées. Les mineurs disent qu’ils ne peuvent pas survivre avec le taux officiel. Un seul ordinateur coûte 1 500 $, et il consomme 1 200 $ d’électricité par an. Avec un revenu de 300 $ par mois, impossible de rentabiliser. Certains ont vendu leur matériel à des acheteurs chinois ou turcs. D’autres ont migré vers le marché noir, en vendant des cryptos en cash, en espèces, dans les rues. Mais c’est risqué. La police surveille les transactions en espèces au-dessus de 10 millions de rials.

La Banque centrale a lancé une campagne de sensibilisation : « Minage légal = sécurité financière nationale ». Mais les mineurs rient. « On nous dit que nous aidons l’économie, mais on nous paie en rials qui perdent 5 % de leur valeur chaque mois », dit un ancien mineur de Mashhad. « C’est comme si on nous demandait de creuser de l’or pour qu’ils nous donnent des billets en papier. »

Le marché noir prospère

Malgré la surveillance, le marché noir des cryptos est plus vivace que jamais. Des applications locales, comme « CryptoRial » ou « BitSwap », permettent aux utilisateurs d’échanger des cryptos contre des rials à un taux de change libre. Ces plateformes fonctionnent en mode P2P, via des messageries cryptées. Les transactions se font en personne, dans les parcs ou les marchés. La Banque centrale sait que ça existe, mais elle ne peut pas tout contrôler. Trop de gens veulent protéger leur argent.

En février 2026, le volume quotidien des échanges informels a atteint 45 millions de dollars, contre 18 millions en 2024. Le rial continue de chuter. Les cryptos, elles, restent stables. Et les Iraniens savent que la seule façon de survivre, c’est de ne pas suivre les règles de l’État.

Échange clandestin de cryptos contre des espèces vs. transaction étatique contrôlée en Iran.

Quid des entreprises et des plateformes ?

Les plateformes de trading locales, comme IranCoin ou BourseCrypto, ont été fermées. Elles ne peuvent plus offrir d’échanges entre rials et cryptos. Toute entreprise qui tente de contourner la loi est sanctionnée. Les développeurs qui créent des applications pour faciliter les échanges sont poursuivis. Le ministère des Télécommunications a bloqué plus de 200 sites web liés aux cryptos en 2025. Même les publicités en ligne sont interdites. Les affiches dans les métros, les spots radio, les bannières sur les sites - tout est interdit.

La seule exception : les plateformes officielles gérées par la Banque centrale. Elles permettent aux citoyens de convertir leurs rials en « cryptos d’État » - une version numérique du rial, liée à un panier de devises. Mais personne ne les utilise. Elles ne sont pas acceptées par les commerçants. Elles n’ont pas de valeur réelle. Ce sont des outils de contrôle, pas d’innovation.

Le bilan : un échec ou une victoire ?

Le gouvernement affirme que la mesure a permis de réduire les pannes d’électricité de 30 % et d’augmenter les réserves de devises de 1,2 milliard de dollars en 2025. Il dit aussi que les mines illégales ont été réduites de 70 %. Mais les chiffres ne racontent pas toute l’histoire.

Les mineurs ont fui. Les entreprises ont fermé. Les jeunes quitte le pays. Les familles perdent leur moyen de subsistance. Et pourtant, les cryptos continuent de circuler. Le marché noir est plus grand que jamais. La Banque centrale contrôle la production, mais elle ne contrôle pas l’usage. Les Iraniens trouvent toujours un moyen d’échapper à la surveillance.

En fin de compte, cette politique n’a pas éliminé les cryptos. Elle les a transformées en un outil d’État. Les mineurs ne sont plus des entrepreneurs. Ils sont des fournisseurs de devises pour un gouvernement qui veut rester indépendant des banques occidentales. Et les citoyens ? Ils continuent de chercher des alternatives - dans les rues, dans les applications, dans les coins sombres du réseau.

Que va-t-il se passer maintenant ?

En mars 2026, la Banque centrale a annoncé qu’elle allait lancer un système de « cryptos d’État » pour les entreprises. Ce ne sera pas du Bitcoin. Ce sera une version numérique du rial, avec traçabilité totale. Chaque transaction sera enregistrée. Chaque paiement sera contrôlé. Le but ? Remplacer progressivement les cryptos privées par une version étatique.

Les experts pensent que ça ne marchera pas. Les Iraniens n’ont pas confiance dans le rial. Ils n’ont pas confiance dans l’État. Ils ont confiance dans le Bitcoin. Et tant que la valeur du rial continue de chuter, ils continueront à chercher des moyens de l’éviter - même si ça veut dire braver la loi.

Les mineurs iraniens doivent-ils vraiment vendre toutes leurs cryptos à la Banque centrale ?

Oui. Depuis janvier 2025, toute personne ou entreprise qui mine des cryptomonnaies en Iran est légalement tenue de livrer l’intégralité de ses revenus en cryptos à la Banque centrale. Aucune exception n’est prévue, même pour les petites exploitations. Le non-respect entraîne la saisie du matériel, des amendes importantes, et dans certains cas, des poursuites pénales.

Pourquoi la Banque centrale impose-t-elle cette règle ?

L’Iran cherche à contrôler les flux de devises étrangères pour contourner les sanctions américaines. En prenant possession des cryptos produites sur son territoire, le gouvernement peut les utiliser pour acheter des biens à l’étranger sans passer par les banques internationales. En même temps, cela limite la fuite de capitaux et réduit la consommation d’énergie par les mines illégales.

Les mineurs reçoivent-ils une compensation équitable ?

Non. Les mineurs sont payés en rials à un taux officiel fixé par la Banque centrale, bien inférieur au cours du marché noir. Par exemple, un BTC extrait peut valoir 350 000 $ sur le marché noir, mais la banque ne donne que 2 500 $ en rials. Ce système rend la minage économiquement inviable pour la plupart des particuliers.

Quels sont les risques pour les mineurs qui refusent de vendre leurs cryptos ?

Les mineurs qui ne se conforment pas risquent la saisie immédiate de leur matériel minier, des amendes pouvant atteindre 100 millions de rials (environ 2 000 $), et dans les cas graves, des poursuites judiciaires. La police et les autorités énergétiques collaborent pour identifier les mines non déclarées via des systèmes de surveillance des consommations électriques.

Le marché noir des cryptos existe-t-il toujours en Iran ?

Oui, et il est plus actif que jamais. Malgré la surveillance étatique, les Iraniens échangent des cryptos en espèces ou via des applications P2P pour contourner les restrictions. En mars 2026, le volume quotidien des échanges informels a dépassé 45 millions de dollars, contre 18 millions en 2024. Les citoyens préfèrent prendre des risques que de perdre leur épargne.