En 2026, le Venezuela est l’un des rares pays au monde où le Bitcoin n’est pas une option d’investissement, mais une question de survie. Alors que l’inflation atteint 229 % en mai 2024 et que le bolívar a perdu plus de 70 % de sa valeur en huit mois, des millions de Vénézuéliens ont abandonné les banques, les salaires en monnaie locale et les files d’attente pour les produits de base. À leur place : des portefeuilles numériques, des transactions P2P et des stablecoins comme le USDT. Ce n’est pas une mode. C’est une révolution silencieuse, née de la désespérance.
Comment le Bitcoin est devenu la monnaie quotidienne
Les Vénézuéliens n’ont pas choisi le Bitcoin parce qu’il est « cool » ou « décentralisé ». Ils l’ont adopté parce que le bolívar ne vaut plus rien. Un salaire mensuel de 500 000 bolívares en janvier 2024 valait moins de 1 dollar américain en juillet 2024. Les prix des aliments doublaient chaque semaine. Les banques refusaient les retraits en dollars. Les cartes de crédit internationales étaient bloquées par les sanctions américaines.
Alors, les gens ont tourné vers les plateformes P2P comme Binance P2P et LocalBitcoins. Là, ils échangent directement des dollars numériques contre des bitcoins ou des USDT - sans passer par une banque. Le USDT, en particulier, est devenu la monnaie de base. Appelé localement « dollars Binance », il garde une valeur stable à 1 dollar, contrairement au bolívar. Dans les marchés de Caracas, à la pharmacie, chez le coiffeur, même dans les petits restaurants : on paie en USDT. Une étude de Markets.com en août 2025 a révélé que 65 % des commerçants de la capitale acceptent désormais les cryptomonnaies pour des achats courants.
Qui utilise vraiment le Bitcoin ici ?
Plus de 4,3 millions de Vénézuéliens - soit 13 % de la population - utilisent régulièrement des portefeuilles crypto. Ce ne sont pas des spéculateurs. Ce sont des mères de famille qui paient le loyer en USDT. Des chauffeurs de taxi qui reçoivent leurs courses en bitcoins et les convertissent en USDT pour acheter du carburant. Des travailleurs à l’étranger qui envoient de l’argent à leurs familles via des applications comme Airtm, qui permettent de convertir directement les cryptos en dollars physiques ou en produits de première nécessité.
Les envois de fonds représentent 9 % du total des 5,4 milliards de dollars entrant chaque année au Venezuela. Cela équivaut à 461 millions de dollars en cryptomonnaies en 2023. Et ce chiffre augmente chaque mois. Les jeunes, les travailleurs informels, les artisans : ce sont eux qui ont construit ce système par nécessité. Pas par idéologie. Un homme de Caracas, Victor Sousa, l’a dit clairement à la Financial Times : « Il y a maintenant beaucoup d’endroits qui l’acceptent. Mon plan, c’est de garder mes économies en crypto. »
Le piège du USDT : la dépendance à Tether
Le USDT est la colonne vertébrale de l’économie crypto vénézuélienne. Mais il n’est pas décentralisé. Il est contrôlé par Tether Limited, une entreprise basée aux îles Caïmans, qui détient 76 % du marché des stablecoins au Venezuela, selon Chainalysis. Cela signifie que si Tether décide de bloquer un compte, de geler des fonds ou de cesser ses opérations ici, des millions de personnes pourraient se retrouver sans accès à leur argent.
Les sanctions américaines compliquent encore les choses. Depuis 2017, les banques internationales ne peuvent plus traiter avec des entités vénézuéliennes. Binance, le plus grand échange, bloque environ 18 % des transactions provenant de comptes liés à des banques sanctionnées. Même si les gens utilisent des VPN et des méthodes alternatives, le risque est constant. Ce n’est pas une monnaie libre. C’est une monnaie sous surveillance.
Les limites techniques : internet lent et pannes répétées
Le Venezuela a le 153e réseau internet le plus lent au monde, avec une vitesse moyenne de 14,79 Mbps. Dans les quartiers populaires, la connexion saute plusieurs fois par jour. Une transaction Bitcoin peut prendre entre 10 et 60 minutes pour être confirmée. Le USDT sur le réseau Tron, lui, se valide en moins de deux minutes - c’est pourquoi il domine les transactions quotidiennes.
Les pannes de courant, les coupures d’internet, les mises à jour des applications : tout cela peut bloquer une transaction au moment où vous avez besoin de payer votre facture d’électricité ou d’acheter du lait pour vos enfants. En 2025, 37 % des utilisateurs ont signalé des problèmes de connexion affectant leurs transactions. Et 22 % ont raconté avoir été incapables de convertir leurs cryptos en biens physiques pendant plusieurs jours après une panne.
Le gouvernement : entre interdiction et hypocrisie
Le gouvernement vénézuélien a lancé son propre crypto-actif en 2018 : le Petro. Il était supposé être soutenu par les réserves pétrolières. Il a échoué. En 2024, après des accusations de corruption et de fraude, il a été abandonné. Aujourd’hui, le gouvernement ne reconnaît pas officiellement le Bitcoin, mais il ne le bloque pas non plus. Il a même créé une agence, SUNACRIP, pour réguler les cryptos - puis l’a fermée en 2023.
Ce vide réglementaire est une chance pour les citoyens. Il leur permet d’opérer en dehors du système étatique. Mais c’est aussi un danger. Il n’y a pas de protection juridique. Si un échange disparaît, si un commerçant vous escroque en vous donnant des bitcoins volés, vous n’avez aucun recours. Le système fonctionne parce que tout le monde y gagne - pas parce qu’il est juste.
Les alternatives et l’avenir : BRICS et l’isolement
Depuis février 2025, le Venezuela participe aux discussions du BRICS sur des systèmes de paiement transfrontaliers alternatifs. Cela pourrait offrir un moyen de contourner les sanctions américaines et de réduire la dépendance au dollar et au USDT. Mais ce n’est pas une solution immédiate. Les infrastructures ne sont pas encore prêtes. Les accords ne sont pas signés.
À court terme, le Bitcoin et le USDT resteront indispensables. Les économistes du FMI estiment que l’inflation devra tomber en dessous de 50 % par an pour que les Vénézuéliens envisagent de revenir au bolívar. Ce seuil n’est pas atteignable avant 2027. Jusque-là, les cryptomonnaies seront la seule issue.
Les universités ont commencé à enseigner la crypto comme une matière obligatoire. Des chaînes YouTube comme « Cripto Para Todos » (127 000 abonnés) forment des milliers de personnes chaque mois. Les jeunes apprennent à utiliser des portefeuilles, à sécuriser leurs clés privées, à éviter les arnaques. Ce n’est plus un secret. C’est une compétence de base.
Est-ce une solution ? Ou un symptôme ?
Les experts sont divisés. Sarah Blake, auteur du rapport Chainalysis 2024, dit : « Le Venezuela montre comment les cryptomonnaies peuvent sauver une population quand le système financier s’effondre. » Mais David Lipton, conseiller principal du FMI, répond : « Ce sont des soulagements tactiques, pas des réformes structurelles. »
Le Bitcoin ne répare pas les usines fermées. Il ne rétablit pas la production alimentaire. Il ne crée pas d’emplois. Il ne remplace pas un État fonctionnel. Ce qu’il fait, c’est permettre à des gens de manger, de payer leur logement, d’envoyer de l’argent à leurs proches - alors que tout le reste s’effondre.
Le Venezuela ne fait pas de la crypto une révolution. Il en fait un réflexe de survie. Et tant que l’inflation continuera, tant que les banques refuseront de servir les citoyens, tant que les sanctions bloqueront les accès au dollar, cette survie restera numérique.
Les histoires réelles : ce que disent les gens
Sur Reddit, le sous-forum r/BitcoinVenezuela compte 42 700 membres. Les messages sont courts, désespérés, clairs.
« Sans USDT, je n’aurais pas pu nourrir ma famille après que mon salaire en bolívares soit devenu inutile du jour au lendemain. » - CryptoSurvivorVE, juin 2025
« J’achète mes légumes, mon pain, mes médicaments en USDT. Le bolívar ? C’est du papier. » - Carlos, Caracas, mai 2025
« J’ai appris à utiliser Binance en deux semaines. Maintenant, je paie tout. Même mon taxi. » - Ana, Maracaibo, mars 2025
Leur voix ne parle pas de richesse. Elle parle de dignité. De pouvoir choisir. De ne pas dépendre d’un système qui les a trahis.
Pourquoi les Vénézuéliens utilisent-ils le USDT plutôt que le Bitcoin ?
Le USDT est un stablecoin, c’est-à-dire qu’il est lié au dollar américain et garde une valeur stable. Le Bitcoin, lui, est très volatil : sa valeur peut changer de 20 % en une journée. Pour payer le loyer ou acheter de la nourriture, les gens ont besoin de prévisibilité. Le USDT leur permet de savoir exactement combien de choses ils peuvent acheter. C’est pourquoi 91 % des transactions crypto au Venezuela en juillet 2025 impliquaient du USDT.
Le gouvernement vénézuélien soutient-il le Bitcoin ?
Non, officiellement. Le gouvernement a essayé de créer son propre crypto-actif, le Petro, en 2018, mais il a échoué. Aujourd’hui, il ne reconnaît pas le Bitcoin comme monnaie légale, mais il ne l’interdit pas non plus. Il a fermé son agence de régulation SUNACRIP en 2023. Ce vide légal permet aux citoyens d’utiliser les cryptomonnaies sans être poursuivis - mais aussi sans protection. C’est une tolérance de fait, pas une politique.
Les sanctions américaines bloquent-elles l’adoption du Bitcoin ?
Oui, mais pas complètement. Les sanctions empêchent les banques et les grandes entreprises de traiter avec des entités vénézuéliennes. Cela bloque environ 18 % des transactions sur Binance. Mais les utilisateurs trouvent des moyens de contourner ces restrictions : ils utilisent des portefeuilles personnels, des échanges P2P sans intermédiaire, et des VPN. Le système s’adapte, même sous pression.
Est-ce que le Bitcoin peut sauver l’économie vénézuélienne ?
Non. Le Bitcoin ne crée pas de biens, ne relance pas la production, ne répare pas les infrastructures. Il ne remplace pas un système économique fonctionnel. Ce qu’il fait, c’est permettre aux gens de survivre dans un système cassé. C’est un outil de survie, pas une solution structurelle. Sans réformes politiques et économiques, la crypto ne fera que retarder l’effondrement, pas l’empêcher.
Quelle est la part du Bitcoin dans l’économie vénézuélienne aujourd’hui ?
En 2025, les transactions crypto représentent environ 12,3 % de l’économie informelle du Venezuela, qui vaut 9,7 milliards de dollars. Le volume mensuel de transactions crypto a atteint 119 millions de dollars en juillet 2025, dont 91 % en USDT. Cela équivaut à des milliards de dollars par an. Ce n’est pas une niche. C’est une économie parallèle massive, créée par les citoyens.
moustapha mbengue
janvier 6, 2026 AT 23:18Le USDT c’est la vie en Venezuela. Point final. Pas de bolívar, pas de banque, pas de choix. Juste des gens qui survivent.
Adama keita
janvier 7, 2026 AT 02:15Donc le gouvernement a créé un crypto-actif qui a échoué... et maintenant tout le monde utilise une monnaie contrôlée par une boîte aux îles Caïmans. C’est pas une révolution, c’est un gag.
Anne Smyers
janvier 8, 2026 AT 20:07Je trouve profondément troublant que l’on puisse glorifier une forme de survie qui repose sur une dépendance technologique aussi fragile, et dont l’infrastructure est aussi précaire. Cela ressemble davantage à un désespoir esthétisé qu’à une libération.
Elaine Rogers
janvier 9, 2026 AT 02:24C’est incroyable de voir comment les gens, face à l’effondrement total, ont construit leur propre système de survie. Sans aide, sans soutien, juste avec des téléphones et de la débrouillardise. C’est de la résilience pure.
Christine McConnell
janvier 10, 2026 AT 18:10Le USDT sur Tron est la clé ici - faible latence, faible coût, et une adhésion au standard ERC-20 qui permet une intégration marginale avec les protocoles DeFi. C’est un cas d’usage hyper-réaliste d’un stablecoin comme couche de transaction de base dans un écosystème post-bancaire.
Louise Klein
janvier 12, 2026 AT 11:17J’ai un ami à Caracas qui paie tout en USDT. Même son café du matin. Il dit que c’est plus fiable que les billets de 100 000 bolívares qu’il devait compter par paquets entiers. Ça fait réfléchir.
Nathalie Farigu
janvier 12, 2026 AT 14:46je sais pas comment ils font avec les pannes de courant mais j’imagine que c’est la galère
Stefaan Scheyltjens
janvier 13, 2026 AT 20:24La dépendance au USDT est une arme de contrôle indirecte. Tether, en tant qu’entité non régulée, détient une souveraineté monétaire sur des millions de personnes - c’est le nouveau colonialisme financier, masqué sous le vernis de la technologie.
Alexis Dick
janvier 15, 2026 AT 15:18On parle de « révolution » mais c’est juste un patch logiciel sur un système mort. Les gens ne choisissent pas le Bitcoin, ils sont obligés de l’accepter parce que le système leur a coupé les jambes. Et maintenant ils doivent courir avec des prothèses en blockchain.
Marguerite Reilly
janvier 16, 2026 AT 18:28Je trouve ça pathétique qu’on puisse être fier de vivre avec une monnaie qui ne vaut rien, et de dire qu’on est libres parce qu’on peut payer son pain avec un code QR. C’est pas de la liberté, c’est de la misère numérique.
Marianne Adkins
janvier 17, 2026 AT 05:13Le Venezuela ne fait pas de la crypto une révolution. Il en fait un miroir. Un miroir où l’on voit ce que devient une société quand l’État abandonne son contrat social. Le Bitcoin n’est pas la réponse. Il est la preuve que la question n’a jamais été résolue.
Thibault Leroy
janvier 18, 2026 AT 11:08Je trouve fascinant que les jeunes apprennent à gérer leurs clés privées comme une compétence de base. C’est comme si, dans un monde où l’éducation publique a échoué, les citoyens avaient créé leur propre école de survie. C’est triste, mais aussi profondément humain.
Xavier Carr
janvier 19, 2026 AT 14:26Vous croyez que c’est une solution ? Faut arrêter de rêver. Tether peut geler ton compte demain. Les banques occidentales contrôlent tout. Les gens croient qu’ils sont libres mais ils sont juste dans une autre cage. Le Bitcoin, c’est un piège marketing pour les pauvres.
Nadine ElSaleh
janvier 20, 2026 AT 06:23Je suis tellement touché par ces histoires. Même dans l’effondrement, les gens trouvent un moyen de se tenir debout. Ce n’est pas juste du Bitcoin, c’est de la dignité. Merci pour ce partage, ça donne envie de faire mieux.
James Forna
janvier 22, 2026 AT 05:01Le texte est bien structuré, les données sont pertinentes, mais l’analyse manque de profondeur critique. On reste sur une description des symptômes sans aborder les causes structurelles du désastre économique.